:: NEWS - 29 mai 2006
AFFAIRES INTERIEURES
Suicide du ministre Matsuoka
La presse signale en grande place que le ministre
de l'Agriculture, des Forêts et de la Pêche, Matsuoka
Toshikatsu, sest pendu chez lui, dans lappartement
des députés, hier vers midi. Il était déjà
dans un état darrêt cardio-pulmonaire lorsquil
a été découvert, et sa mort a été
constatée au Centre Hospitalier de lUniversité
Keio. Huit testaments ont été laissés par
le ministre, dont six sous enveloppe. La police juge quil
sagit dun suicide. Cest la première fois
quun ministre en exercice se donne la mort. M. Matsuoka
faisait lobjet dune offensive acharnée de lopposition
et des médias sur une affaire de facturation fictive de
frais délectricité, de gaz et deau dun
comité de soutien domicilié dans son bureau parlementaire,
et était secoué par laffaire dententes
illicites sur les marchés publics daménagement
de routes forestières et de terrains agricoles.
Le Premier ministre Abe a nommé Wakabayashi Masatoshi,
ministre de lEnvironnement, comme chargé daffaire
de l'Agriculture, des Forêts et de la Pêche, en attendant
la nomination dun successeur après le retour demain
de lEmpereur, en visite en Europe. Lélection
du siège laissé vacant (Kumamoto-3) aura lieu probablement
le même jour que les sénatoriales, prévues
pour le 22 juillet.
« Pourquoi le ministre Matsuoka sest-il suicidé
? » sinterroge le NIKKEI, qui estime que « sa
mort survient de manière très subite, compte tenu
du fait quil sétait défendu fermement
contre loffensive de lopposition qui demandait sa
démission dans le cadre de laffaire des facturations
fictives des frais délectricité, de gaz et
deau dun comité de soutien domicilié
gratuitement dans son bureau parlementaire, et que le Premier
ministre Abe le protégeait ». « Il est difficilement
pensable que lhistoire de facturations fictives soit la
seule raison pour laquelle il devait sacrifier sa vie »,
écrit le NIKKEI, qui note que « lopacité
de la vérité risque damplifier davantage le
discrédit de la politique ». Le quotidien rappelle
que des succursales de Japan Green Resources Agency (JGRA) du
Kumamoto, fief électoral de M. Matsuoka, avaient fait lobjet
dune perquisition dans le cadre de laffaire dententes
illicites du JGRA, et que « le suicide pourrait sexpliquer
par une affaire politico-financière ». Le TOKYO SHINBUN
remarque également que le vent a tourné depuis la
révélation de donations à M. Matsuoka de
la part de sociétés impliquées dans laffaire
JGRA et dune nouvelle affaire dententes illicites,
et à loccasion de la perquisition des bureaux de
la JGRA dans le Kumamoto. De son côté, lASAHI,
rappelle que le ministre Matsuoka, ancien bureaucrate de l'Agence
des Plaines et Forêts (rattachée au ministère
de l'Agriculture, des Forêts et de la Pêche), sétait
fait un fervent défenseur du lobby agricole et forestier,
et quil envoyait promener lopposition en refusant
catégoriquement de sexpliquer sur laffaire
des facturations fictives, avant de noter que « sa mort
laisse entrevoir les profondes ténèbres de la politique
et largent ». LASAHI fait état dun
contraste entre « les ténèbres qui entourent
M. Matsuoka, et le gouvernement Abe, tiré par le plus jeune
Premier ministre depuis 1945, qui aspire à la construction
dun beau pays en mettant un avant la nouveauté
et lintégrité ».
Le NIKKEI rappelle que de nombreuses personnes sinterrogeaient
sur la nomination au gouvernement de M. Matsuoka, taché
de rumeurs, au point où lon craignait au sein du
PLD de donner à lopposition une excellente cible
dattaque. De son côté, le SANKEI rappelle que
« cest le Premier ministre Abe lui-même qui
a fait entrer au gouvernement M. Matsuoka, dont les soupçons
noirs sont inépuisables, contre lopposition de son
entourage ». Le quotidien rappelle que juste après
lélection du président du PLD en septembre
dernier, les services de renseignements du gouvernement ont secrètement
enquêté sur les candidats aux postes de ministres,
et que laptitude avait été mise en cause pour
M. Matsuoka, pour ses multiples soupçons politico-financiers,
à commencer par des donations versées par Yamarin,
une entreprise du secteur forestier impliquée dans une
affaire de corruption impliquant le parlementaire Suzuki Muneo
en 1998. Selon le SANKEI, M. Abe, alors secrétaire général
du gouvernement, aurait été séduit par M.
Matsuoka qui venait fréquemment lui exposer ses idées
sur une politique agricole plus offensive que défensive.
Le TOKYO SHINBUN note également que lentrée
au gouvernement de M. Matsuoka, taché de soupçons
politico-financiers, était critiquée, mais que le
Premier ministre Abe a continué à le protéger,
en estimant que « cest un homme nécessaire
pour mener une politique agricole offensive ».
« Les élections sénatoriales seront très
sévères à cause du double choc causé
par la question des retraites et le suicide du ministère
de l'Agriculture, des Forêts et de la Pêche »
affirme un responsable de la faction Tsushima du PLD cité
par le MAINICHI, qui souligne que « la stratégie
du PLD pour les élections sénatoriales, reposant
sur la popularité du Premier ministre, qui commençait
à remonter, sest écroulée comme un
château de cartes ». Le TOKYO SHINBUN note pour sa
part qu « il ny a pas de doute que le suicide
du ministre Matsuoka a fortement lésé limage
du gouvernement Abe ». « La popularité du cabinet
va baisser une nouvelle fois. Ce nest pas parce que M. Matsuoka
sest suicidé que le peuple nous pardonnera des affaires
politico-financières » affirme un responsable du
groupe PLD de la Chambre haute, cité par le quotidien,
inquiet pour les élections sénatoriales. Le NIKKEI
estime que le suicide du ministère de l'Agriculture, des
Forêts et de la Pêche jouera en défaveur du
gouvernement lors des élections sénatoriales qui
souvriront dans cinq semaines. « Il ny a pas
de doute que le destin du gouvernement Abe dépendra de
la manière dont le Premier ministre répondra au
discrédit de la politique ». De son côté,
lASAHI accuse le Premier ministre davoir commis deux
erreurs : lune en mettant de côté lélucidation
de la vérité sur laffaire de facturations
fictives, et lautre, en continuant de protéger M.
Matsuoka dans le cadre de laffaire des ententes illicites
« qui a mis en relief une corruption typique entre un secteur,
ladministration de tutelle, et un parlementaire protecteur
de ce secteur ». « Si le Premier ministre Abe ne peut
pas dissiper les ténèbres de la politique, alors
ce sont les électeurs qui le feront en exprimant leur désaveu
contre le PLD aux sénatoriales » conclut lASAHI.
Le TOKYO SHINBUN, lui, estime que les effets sur les élections
sénatoriales sont incertains, mais que « cest
certainement un grand choc pour le gouvernement Abe », avant
dajouter que « le Premier ministre doit sexpliquer
clairement sur les affaires politico-financières, indépendamment
de la mort du ministre Matsuoka, sil veut obtenir la compréhension
du peuple sur la nomination de ce dernier dans son gouvernement
».
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